Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture – Vendredi, 1er juin 2008

Panorama du cinéma fantastique suisse

Michel Vust

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L’exception Dietrich
Parmi le nombre extraordinaire de bandes – le plus souvent pornographiques – tournées par les deux acolytes, quelques-unes se distinguent par leur exploitation du fantastique le moins allusif. Ne serait-ce qu’entre 1974 et 1977, on peut par exemple retenir : Der Teufel in Miss Jonas (Dietrich, 1974), remake du classique américain Devil in Miss Jones (1973), dont l’héroïne dévergondée rêve qu’elle comparait devant le diable Die Marquise von Sade (Franco, 1976), un véritable tour de force où abondent les phénomènes extraordinaires (propagation d’un flux vital par voie sexuelle, transfert incorporel d’orgasmes) et les personnages du répertoire (une héroïne imperméable au vieillissement nommée Doriana Gray, un serviteur lugubre répondant au nom de Ziros, un vampire lesbien et le fameux Dr Orlof, canaille bien connue des cinéphiles amateurs de Jess Franco) ou encore les palpitantes aventures porno-sataniques d’une religieuse (Lettre d’amour d’une nonne, Franco, 1977) ou d’adeptes du vaudou (Le cri d’amour de la déesse blonde, Franco, 1977) enfin, une version érotico-gore assez corsée des méfaits de Jack l’éventreur avec Klaus Kinski dans le rôle titre (Jack the Ripper, Franco, 1976).
Bien que florissante, cette production haute en couleurs, totalement orientée vers la rentabilité commerciale, n’a guère en commun avec le cinéma suisse mainstream de l’époque. Pour en juger, il suffit de comparer le vampirisme façon Die Marquise von Sade avec l’autre film de vampire made in Switzerland : Strasek – der Vampir réalisé par Theodor Boder en 1982. Hommage au Vampyr de Carl Théodore Dreyer, Strasek est selon son auteur une «expérimentale» qui aborde le vampirisme sous l’angle psychique, transformant le mythique personnage en pauvre garçon réfugié dans l’Oberland bernois et incapable de mordre sa victime au moment crucial. Métaphore, psychologie, expérimentation, refus de la facilité, c’est d’avantage cette voie que suivront les cinéastes suisses que les outrances des productions Dietrich.
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